DECLARATION FSU LORRAINE. Conseil Académique de l’Education Nationale du 8 décembre 2016

Ce CAEN est l’un des derniers dans ce format avant sa transformation en une nouvelle structure qui reste à préciser dans sa formation et ses missions. C’est donc l’occasion d’un bilan critique de cette instance. L’intérêt d’un CAEN tient à la diversité de sa composition démontrant l’importance que l’Ecole a dans notre société. Nous aurons donc la responsabilité collective de faire de l’instance à venir un vrai lieu d’échanges et de débats autour de l’Ecole de la République que nous défendons et dont nous avons besoin malgré une dimension territoriale accrue.

Ce CAEN est le moment, d’une part, d’un premier bilan sur les questions éducatives du quinquennat du Président François Hollande et d’autre part de poser un premier regard sur les orientations politiques de la région Grand-Est.

Une refondation de l’Ecole en demi-teinte.

La décision de faire de l’Ecole une priorité à travers la Loi de Refondation de l’Ecole de la République dès le début du quinquennat était un acte symbolique fort.

Les créations de postes qui y sont associées, le retour d’une formation des enseignants, la mobilisation autour de l’éducation prioritaire étaient des réponses impératives après les purges des années du Président Nicolas Sarkozy. Si elles ne sont pas que des annonces, elles demeurent souvent partielles et inabouties.

D’autres mesures, tant au niveau de leurs orientations qu’au niveau de la méthode développée pour les mettre en œuvre, telles que la réforme des rythmes scolaires ou celle du collège, viennent obscurcir ce bilan. De plus, les effets néfastes du nouveau management public sont toujours présents. Les conditions de travail des personnels sont dégradées à cause d’effectifs par classe toujours trop élevés, par l’impossibilité concrète d’individualiser autant que nécessaire notre enseignement, par le poids des pressions hiérarchiques et des obligations liées à des programmes pléthoriques.

Redonner du sens à l’engagement des personnels, affirmer une reconnaissance symbolique et matérielle seraient pourtant aujourd’hui des orientations essentielles, avec le maintien et le développement de l’emploi public, pour répondre aux besoins de l’Ecole.

Concernant l’enseignement agricole public, le SNETAP-FSU s’oppose à la réforme des obligations de service des enseignant.e.s qui, pour l’heure, augmentera le temps de travail de certain.e.s. Il est engagé, en intersyndicale (SUD-Rural / SNETAP-FSU / SYAC-CGT), dans une mobilisation des personnels pour une autre réforme qui améliore réellement les conditions de travail des enseignant.e.s.

D’autre part, force est de constater que les moyens alloués ne sont pas à la hauteur des besoins, et que les restrictions budgétaires ont bafoués le droit des élèves à avoir un enseignement de qualité (non dédoublement réglementaire de classes, diminution des heures d’individualisation).

Enfin, les conséquences de la réforme territoriale commencent à se ressentir, avec une dégradation du dialogue social au sein d’instances conjointes moins pertinentes qu’auparavant.

La formation, une priorité de la Région Grand Est ?

Il y a presque exactement un an, une nouvelle équipe accédait aux responsabilités dans un périmètre régional élargi, avec des compétences nouvelles … mais dans un contexte budgétaire très contraint.

La construction d’orientations régionales est donc un premier défi à relever, avec, pour les questions de formation, l’élaboration du nouveau CPRDFOP. Pour réussir il s’agit en effet d’aller vite … et de prendre son temps.

Le Conseil Régional a choisi au-delà des instances telles que le CREFOP de créer des groupes de travail avec des représentants des chefs d’établissement et gestionnaires. La FSU s’étonne de ce choix et pense préférable d’élargir la démarche aux représentants de l’ensemble des personnels.

La FSU regrette l’orientation par le Conseil Régional portant sur un lien quasi unique entre formation et emploi, y compris pour la formation initiale. Si la question de l’insertion ne doit pas être ignorée, elle ne peut être à elle seule suffisante quand on construit une carte des formations. De même, la formation professionnelle initiale ne peut pas se limiter à une priorité affirmée à l’apprentissage.

Une vision à la fois plus équilibrée et plus ambitieuse s’impose. Le projet de la FSU pour l’Ecole est avant tout celui de construire ensemble une société démocratique où l’individu est certes en capacité de satisfaire par l’emploi ses besoins économiques et sociaux mais où il est aussi, dans la République, un citoyen libre et émancipé.

Enfin, la FSU est en désaccord avec l’affirmation d’un sureffectif supposé d’ATEE au sein des lycées et contestera toute suppression ou réduction de postes.

Le remplacement

Le département de la Moselle et l’académie de Nancy-Metz seraient département et académie pilotes sur la question du remplacement. Assurer le remplacement suppose la poursuite des créations de postes dans tous les métiers de l’Education, enseignants et non-enseignants. Cela nécessite des mesures fortes pour rendre pleinement attractifs nos métiers et faire que, dans chaque académie et chaque département, les élèves aient droit à des enseignants formés tant a la rentrée qu’en cas de besoins en remplacement.

Les mesures récemment annoncées par la ministre de l’Education nationale ne sont pas de nature à améliorer sensiblement la situation, en minorant le problème, en se contentant de reprendre des mesures déjà existantes et ayant prouvées leur inadaptation ou risquant de dégrader les conditions d’exercice des collègues.

Nous vous demandons Mme le Recteur, la mise en place rapide de groupes de travail départemental et académique.
PISA

Un récent sondage commandé par la FSU dresse un constat sévère sur le système éducatif, puisque pour 3 Français sur 4 il fonctionne mal et produit des inégalités. Dans le même temps il invite à l’optimisme puisqu’il indique que les attentes sont fortes envers l’École.

La dernière étude Pisa, publiée mardi, confirme la persistance des inégalités. Les rapports se suivent et se ressemblent. Ils font successivement le constat que le système éducatif français reste profondément inégalitaire. Considérer l’école, c’est lui donner les moyens de remplir sa mission principale, faire réussir tous les élèves qui lui sont confiés, quelle que soit leur origine sociale.

Pour la FSU, tous les jeunes sont capables de réussir ! Il n’y a pas de fatalité et il faut donc créer toutes les conditions pour permettre à l’École de lutter davantage contre les inégalités. Cela nécessite d’aller plus loin dans la transformation du système éducatif et, n’en déplaisent aux pourfendeurs de la dépense publique, il faudra continuer à investir dans le système éducatif !

L’heure n’est donc ni au bricolage ni au renoncement. Elle est à l’engagement total pour l’éducation et la formation, pour la réussite de tous les jeunes.

Il n’a échappé à personne que ce sont toujours les mêmes, les plus fragiles, ceux des classes populaires (la moitié des élèves) qui échouent le plus à l’École. Ce sont ceux que certains voudraient sortir de manière précoce du système éducatif, ceux pour qui l’apprentissage aurait un effet magique alors que nous savons maintenant que l’apprentissage réussit surtout aux élèves d’un bon niveau scolaire.

Le service public est la meilleure garantie possible d’égalité. Le service d’éducation l’a déjà prouvé ; il est plus que jamais urgent de lui permettre de jouer tout son rôle.

Fonction Publique

Pourtant ici ou là des propos sont tenus sur la Fonction Publique : du nombre trop important de fonctionnaires au rétablissement de la journée de carence, à l’allongement du temps de travail des agents en passant par les coûts qui seraient excessifs pour la société… Ces discours conduisent ouvertement à une remise en cause de l’efficacité même de la Fonction Publique et de la qualité des services rendus. Ils sèment le doute sur l’engagement et le travail des agents et donnent une vision totalement passéiste et poussiéreuse d’une Fonction Publique qui n’évoluerait pas, qui ne serait pas en phase avec son temps.
Tout cela cache mal des projets destructeurs pour la Fonction publique au bénéfice de services marchands qui, sans aucun doute, mettront à mal les solidarités et la cohésion sociale du pays.
Une reprise massive des réductions de postes serait destructrice pour l’Education Nationale comme pour le rétablissement de la formation initiale. Cela rendrait quasi impossible toute formation continue, tout abaissement des effectifs dans les classes, tout travail en petits groupes. Cela compromettrait le « plus de maîtres que de classes » dans le premier degré. Ce serait la dégradation assurée des conditions de scolarisation des élèves et l’aggravation des tensions pour les personnels. Tout cela au moment où nous avons tant de défis à relever ! Cela suscite de la colère et de l’incompréhension.

Comment peut-on ne pas comprendre que l’éducation est un investissement et que cela passe par des moyens humains ? Si l’on croit nécessaire de faire réussir tous les jeunes et d’élever le niveau de qualification, ces propositions sont irresponsables.